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Hépatotoxicité : Physiopathologie
JP Vinel
Service d'Hépato-Gastro-Entérologie - Pôle Digestif -
CHU Toulouse-Purpan
La toxicité hépatique des
médicaments est la cause principale d'insuffisance
hépatique aiguë et de retrait de médicaments en cours de
développement. Elle ne représente que 3% des effets
indésirables des médicaments mais 14% de la mortalité
qui leur est imputable.
Ces dernières années, de grands
progrès ont été faits dans la compréhension des
mécanismes des ces accidents.
1 - Types d'hépatotoxicité
:
Les hépatotoxiques vrais, dont
les manifestations sont reproductibles chez l'animal et
doses dépendantes, sont peu nombreux et rapidement
identifiés.
La plupart des accidents d'hépatotoxicité sont en fait
idiosyncratiques, de type allergique ou non, liés à
l'association de facteurs génétiques (sexe,
polymorphisme génétique) et environnementaux tels la
consommation d'alcool ou d'autres médicaments.
2 - Mécanismes de
l'hépatotoxicité :
a - formation de métabolites
réactifs :
La molécule mère ou plus souvent
un métabolite peut occasionner des lésions soit
directement, soit par l'activation du système
immunitaire.
Des métabolites réactifs formés
lors de la transformation des médicaments dans
l'hépatocyte peuvent interagir directement sur les
protéines, les lipides ou les acides nucléiques pour
initier des réactions telles le stress oxydatif, ou la
péroxydation lipidique, qui conduisent à la mort
cellulaire par nécrose ou apoptose.
b - activation du système
immunitaire :
Un deuxième mécanisme repose sur
l'activation du système immunitaire après formation
d'haptènes. Ces néoantigènes déclenchent l'activation
des cellules T auxiliaires qui, par la production de
cytokines, activent les lymphocytes T cytotoxiques, les
cellules Natural Killer et les lymphocytes B,
producteurs d'anticorps. Néanmoins, tous les haptènes ne
provoquent pas de lésions hépatocytaires, ce qui suggère
que d'autres facteurs sensibilisants doivent jour un
rôle : infection, syndrome inflammatoire, lésion
hépatique pré-existante...
Les néoantigènes peuvent encore
induire la formation d'autoanticorps dirigés contre
différentes formes de cytochrome P450, comme par
exemple, les autoanticorps anti- CYP2E1 dans les
hépatites à l'halothane, anti-CYP1A2 avec la
dihydralazine... Il n'est pas clairement établi que ces
autoanticorps sont des acteurs plutôt que de simples
témoins des lésions hépatiques.
c - réponse immunitaire
non-spécifique :
Elle pourrait être activée par
la nécrose hépatocytaire. La production de nombreuses
cytokines et chimiokines pro-inflammatoires est
augmentée au cours des hépatopathies médicamenteuses
(ROI, NO, TNF-alpha, IL-1...) et elles pourraient
participer à l'aggravation des lésions. Les cellules de
Kupffer peuvent aussi être activées et intervenir par
leurs capacités de phagocytose et de production de
nombreux médiateurs de l'inflammation.
Mais la réponse immunitaire non
spécifique produit aussi des médiateurs
anti-inflammatoires. La modulation de cette réponse
pourrait par conséquent avoir soit un rôle délétère soit
au contraire un rôle protecteur.
3 - Modalités de la mort
celllulaire :
La mort cellulaire par nécrose
ou par apoptose résulte de dysfonctions mitochondriales
avec inhibition de la bêta-oxydation, source de
stéatose, et/ou de la chaine respiratoire qui provoque
un déficit énergétique responsable, selon sa sévérité,
de dysfonctionnement ou de mort cellulaire.
L'ouverture du pore de transition de perméabilité
mitochondriale (PTPM) sous l' action de métabolites
réactifs ou d' une réaction immunitaire peut également
conduire à la mort cellulaire par nécrose si elle
intéresse toutes les mitochondries, par apoptose si elle
est moins brutale. En augmentant la perméabilité des
mitochondries aux solutés provenant du cytosol, cette
ouverture induit un effondrement des stocks d'ATP et la
rupture de la membrane mitochondriale qui libère des
molécules pro-apoptotiques comme le cytochrome c. |