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Etude de l'exposition au plomb, au
cadmium et à l'arsenic
par des sols pollués en Aveyron
N. Sauthier1, C.
Durand1, V. Schwoebel1
1 Cellule interrégionale d'épidémiologie
Midi-Pyrénées
Institut de veille sanitaire - 31050 Toulouse
Contexte industriel et
environnemental
La commune de Viviez, à 5 km de
Decazeville (Aveyron), a connu une forte activité
industrielle, notamment près de 150 ans de production de
Zinc et près de 50 ans de production de colorants
(Lithopone) à partir de Barytine. Ces activités lourdes
ont généré des impacts visibles (environ 2 millions de
tonnes de résidus stockés à l'air libre ou en bassins
fermés) ou plus diffus (retombées atmosphériques,
contamination des nappes phréatiques et des cours d'eau
qui traversent la commune). L'activité de production de
zinc a été arrêtée en 1987 et a été remplacée par une
activité de laminage de zinc, moins polluante.
Toutefois, la contamination résiduelle liée aux
activités historiques demeure importante. Il s'agit
principalement de pollution des sols de surface aux
alentours des sites industriels mais également de
pollution de sols plus profonds, notamment sur les
anciennes zones de stockage. Elle prend la forme d'un
panache de métaux tels que : arsenic, cadmium, baryum,
plomb, manganèse et zinc.
Analyse environnementale
Les premières données, issus
d'un dossier de demande de réhabilitation d'un site
industriel, portaient essentiellement sur les terrains
d'activité. Les données environnementales étant
insuffisamment représentatives des zones résidentielles,
et portant sur un nombre insuffisant de polluants, la
Cellule interrégionale d'épidémiologie de Midi-Pyrénées
(Cire, Institut de veille sanitaire) a effectué en 2007
une nouvelle étude des sols portant sur 14 éléments
(plomb, cadmium, arsenic, antimoine, baryum, zinc,
manganèse, mercure, thallium, vanadium, nickel, cobalt,
sélénium et chrome). Les résultats de ces mesures ont
confirmé que les sols des habitations et des lieux
publics étaient fortement pollués, notamment en Arsenic,
Cadmium, Plomb, Zinc et Baryum. Les niveaux médians
étaient plus élevés que les valeurs de référence
disponibles (fond géochimique établi par l'INRA/BRGM).
Pour le cadmium, ces niveaux étaient supérieurs à ceux
des autres sites pollués français ayant donné lieu à des
investigations : Salsigne, Marseille, Mortagne-du-Nord.
Aucune zone du village n'échappait à la pollution.
Analyse de l'impact
sanitaire
Au vu du type de milieux
contaminés et des transferts entre milieux, les
principales voies d'exposition environnementales de la
population étaient :
- l'ingestion et l'inhalation de poussières de sols (à
l'intérieur et à l'extérieur des bâtiments) ;
- l'ingestion de légumes issus de jardins potagers
implantés dans la zone.
L'ingestion de polluants par ingestion d'eau de boisson
n'a pas été considérée dans la mesure où l'eau de
distribution de la commune n'était pas concernée par
cette pollution, provenant d'un captage situé en amont
du site industriel.
Une évaluation des risques
sanitaires menée sur la base de ces résultats a montré
l'existence de risques de saturnisme pour les jeunes
enfants et femmes enceintes, d'atteintes rénales liées
au cadmium, d'atteintes cutanées et de cancers liés à
l'arsenic pour la totalité de la population et pour la
majorité des scénarios étudiés. Mais cette méthode reste
une approximation de l'exposition de la population aux
polluants.
Par ailleurs, une recherche de pathologies en lien
possible avec cette exposition a été menée. Des cas de
saturnisme et de pathologies rénales et osseuses liées
au cadmium étaient connus des médecins locaux en lien
avec des expositions professionnelles dans les années
1950-1960 : aucun de ces cas n'était récent. Aucun cas
de saturnisme chez l'enfant de moins de 18 ans vivant
sur cette zone n'avait été déclaré à la DDASS de
l'Aveyron. Une étude à partir des données du registre
régional du Réseau d'Epidémiologie et d'Information
Néphrologique (REIN) n'a pas mis en évidence d'excès
significatif de cas d'insuffisance rénale grave dans le
bassin de Decazeville par rapport au reste du
département. Cependant, ces résultats ne pouvaient être
interprétés comme une absence d'effet sanitaire de
l'exposition environnementale car la plupart des
pathologies recherchées étaient peu spécifiques d'une
exposition à ces polluants et l'effectif de la
population de la commune était faible (1400 personnes).
Justification de
l'étude d'exposition
Les effets toxicologiques du
plomb, du cadmium et de l'arsenic sont bien connus mais
les connaissances scientifiques sur l'impact sanitaire
de ces polluants, à l'exception du plomb, proviennent
principalement d'études épidémiologiques menées chez des
travailleurs.
Les connaissances acquises sur
ces trois composés montrent clairement la difficulté de
prédire une exposition à partir de données
environnementales. En effet, des travaux récents
conduits sur la problématique du plomb montrent des
différences entre les prédictions modélisées et les
résultats de l'exposition effective, confirmant
l'importance de réaliser des études d'exposition
s'appuyant sur la mesure de biomarqueurs.
De plus, ces mesures peuvent
permettre d'identifier les personnes présentant des
expositions supérieures à des valeurs seuils d'un effet
sanitaire, et de leur proposer une prise en charge
individuelle.
Ainsi, la prise en charge
sanitaire de la population ne pouvait s'envisager, dans
cette situation, qu'à travers l'utilisation de mesures
de l'imprégnation aux polluants.
Faisabilité de l'étude
d'exposition : existence de biomarqueurs
Plusieurs biomarqueurs pouvaient
être envisagés. Cependant, la plombémie sanguine,
l'arsenic urinaire et le cadmium urinaire, associé à la
mesure de marqueurs d'atteintes rénales, permettaient de
répondre à l'objectif de prise en charge de la
population.
En effet, d'une part, ces
biomarqueurs étaient prédictifs des effets
sanitaires associés (saturnisme, atteintes rénales), et
d'autre part, ils traduisaient une exposition récente
aux polluants permettant de formuler des recommandations
individuelles ou collectives pour la réduction des
expositions.
L'étude d'exposition
mise en place
Il apparaissait donc justifié et
faisable de réaliser des mesures d'imprégnation auprès
de la population de cette commune dans le but d'évaluer
son état de santé.
Parallèlement à cet objectif de
prise en charge sanitaire individuelle, il a été décidé
que l'étude d'exposition permettrait également de
poursuivre un objectif d'amélioration des connaissances
sur les facteurs d'exposition au cadmium et à l'arsenic
via un sol multi-pollué à des niveaux de concentration
particulièrement élevés.
Les actions qui ont été décidées ont été :
- le dépistage du saturnisme chez les jeunes
enfants et les femmes enceintes, suivi d'une prise
en charge médicale des cas identifiés ;
- le dépistage des atteintes rénales liées au
cadmium pour la totalité de la population de la
commune, suivi d'une prise en charge médicale des
cas identifiés ;
- la mesure de l'exposition à l'arsenic pour la
totalité de la population de la commune,
- l'étude des facteurs environnementaux
déterminants de l'exposition au cadmium et à
l'arsenic.
Elles ont été menées en octobre
2008 :
- 14 enfants et 1 femme
enceinte ont bénéficié du dépistage du saturnisme ;
- 692 personnes ont participé au dépistage des
atteintes rénales et à la mesure de l'exposition à
l'arsenic en zone exposée,
- Ces dernières et 372
personnes non exposées ont été incluses pour l'étude
des facteurs environnementaux dont les résultats
sont attendus pour décembre 2009.
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