Effets thyroïdiens du Fipronil

F.Hérin1,2,3, E.Boutet1,2, S.Dulaurent4, F.Galatry-Bouju5, P.Caron6, J.M.Soulat1,2,3

1 INSERM, U558, F-31000 France
2 Université Toulouse III Paul Sabatier, Toulouse, F-31000 France
3 CHU Toulouse, Hôpital Purpan, Service des maladies professionnelles et environnementales, Toulouse, F-31000 France
4 CHU Limoges, Hôpital Dupuytren, Service de pharmacologie et de toxicologie-pharmacovigilance, Limoges, F-87000 France
5 AMST, Toulouse, F-31000 France
6 CHU Toulouse, Hôpital Larrey, Service d'endocrinologie-maladies métaboliques-nutrition, Toulouse, F-31000 France
 


Contexte 

Le fipronil est un insecticide d'usage agrovétérinaire important et suspect d'être perturbateur endocrinien [1,2]. Des essais de toxicité réalisés chez le rat ont mis en évidence des effets thyroïdiens après exposition prolongée au fipronil: augmentation de la masse de la thyroïde, hypertrophie et/ou hyperplasie des cellules folliculaires thyroïdiennes [3-6]. La carcinogénèse thyroïdienne chez le rat résulte d'une hyperstimulation prolongée de la glande thyroïde associée à une hypersécrétion de TSH hypophysaire et à une augmentation de la clairance plasmatique et biliaire des hormones thyroïdiennes [4,5]. Les études de métabolisme chez les mammifères ont démontré que le fipronil était métabolisé principalement en sulfone, agoniste des récepteurs GABA beaucoup plus actif que le fipronil lui-même [7,8]. En raison du mécanisme d'action potentiel du fipronil vis-à-vis de la fonction thyroïdienne, sa toxicité va dépendre de la spécificité des mécanismes de sécrétion, de transport et de métabolisme des hormones thyroïdiennes. Or, ces mécanismes ne sont pas similaires chez l'homme et le rat. Cette différence est attribuée à l'absence chez le rat de Thyroxine Binding Globulin (TBG), protéine plasmatique de liaison spécifique des hormones thyroïdiennes, qui lie 75% de la thyroxine plasmatique chez l'homme [9].

Objectif

Notre étude vise à déterminer l'impact du fipronil et de son métabolite fipronil sulfone sur la fonction thyroïdienne humaine.

Méthodes

Evaluation de l'exposition au fipronil et de son retentissement sur la fonction thyroïdienne chez des salariés conditionnant la molécule à usage vétérinaire. Les salariés ont bénéficiés d'un suivi biologique des marqueurs thyroïdiens (thyréostimuline (TSHus), thyroxine totale (T4totale), thyroxine libre (T4libre) et thyroglobuline (Tg)) et des marqueurs d'imprégnation (fipronil et fipronil sulfone) au cours de l'année 2008. L'analyse statistique des données a été réalisée par le logiciel Stata9.

Résultats

L'échantillon d'étude est constitué de 159 personnes. Le sexe ratio est de 1,01 (80/79) et l'âge moyen est de 34,1 ans +/- 7,5. La majorité des contrats de travail de notre effectif est à durée indéterminée (62,9% - 100/159), 5,0% à durée déterminée (8/159), 10,7% en sous-traitance (17 /159) et 21,4% en intérim (34/159). Le taux de tabagisme est de 19,9% (30/159). L'ancienneté moyenne au poste est de 4,0 ans +/- 3,6. Les analyses sanguines mettent en évidence une imprégnation en fipronil chez 52 salariés (32,7%) avec un taux moyen de 0,37 µg/l +/- 0,26 et une imprégnation en fipronil sulfone chez 156 salariés (98,1%) avec un taux moyen de 7,75 µg/l +/- 7,55. Les dosages biologiques moyens chez notre échantillon d'étude sont de 1,79 mU/l +/- 1,31 pour la TSHus (normes usuelles : 0,4-4,0 mU/l), de 8,05 µg/dl +/- 1,75 pour la T4 totale (normes usuelles : 5,0-11,0 µg/dl), de 12,95 ng/l +/- 8,61 pour la T4 libre (normes usuelles : 11,0-27,0 ng/l), de 11,54 µg/l +/- 9,62 pour la Thyroglobuline (normes usuelles : 5,0-25,0 µg/l). Dix-neuf des salariés présentent des troubles biologiques thyroïdiens. Huit présentent une T4totale augmentée, trois une TSH diminuée et neuf une TSH augmentée. Au moment des prélèvements sanguins, trois salariés sont traités par des médicaments agissant sur la fonction thyroïdienne (1,9%). Les coefficients de corrélation (test des rangs de Spearman) entre fipronil et TSHus ainsi qu'entre fipronil sulfone et TSHus sont respectivement de -0,09 (p=0,26) et -0,17 (p=0,03) de TSH.

Conclusion

Cette étude transversale n'a pas permis de mettre en évidence de lien entre exposition professionnelle au fipronil et fonction thyroïdienne.