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Prélèvements hépatiques chez le patient
intoxiqué :
indications et contre-indications
Philippe Hantson
Département des
soins intensifs et Centre de toxicologie clinique.
Cliniques St-Luc, Université catholique de Louvain,
Bruxelles, Belgique
Objectif :
Décrire les expériences de
prélèvements hépatiques réalisés à partir de donneurs
décédés d'intoxications aiguës et discuter les
indications et contre-indications de cette procédure.
Discussion :
Face au manque constant de
greffons disponibles en vue d'une transplantation
hépatique, le recours à des donneurs « marginaux » est
actuellement de plus en plus souvent envisagé. Parmi ces
donneurs « marginaux », les patients chez lesquels un
diagnostic de mort encéphalique est posé dans le décours
d'une intoxication aiguë, le plus souvent à visée
suicidaire, constituent dans la plupart des centres un
groupe très minoritaire. Les données disponibles
confirment que ces donneurs représentent probablement
moins de 1% de l'ensemble des donneurs. L'écueil
cependant à éviter serait de considérer a priori que ces
donneurs doivent être récusés d'office. Il existe
manifestement des différences d'évaluation selon le
degré d'expertise toxicologique de l 'intervenant qui
doit se prononcer sur les critères d'acceptabilité du
greffon. Il n'existe actuellement comme aide à la prise
à la décision qu'un faible nombre de cas publiés dont
l'issue a été favorable, ainsi que l'expérience
développée par certaines équipes. On peut également
craindre que certaines expériences négatives n'aient pas
été publiées. D'après les données de la littérature
récente, il existe une expérience limitée de
prélèvements hépatiques avec un certain nombre de
médicaments ou même de substances illicites. Dans tous
les cas considérés, aucune complication qui soit
directement en rapport avec l'étiologie toxique initiale
n'a été observée chez le receveur, ni à la phase
précoce, ni à plus long terme. Les critères de
prélèvement hépatique doivent tenir compte de plusieurs
facteurs. La première condition évidente est que le foie
ne constitue pas directement un organe cible de
l'intoxication. Ceci s'applique principalement aux
toxiques lésionnels (paracétamol). Il existe également
certaines situations où l'atteinte hépatique semble
davantage de nature « hypoxique-ischémique », comme par
exemple dans l'intoxication par le monoxyde de carbone
(effet direct) ou lors de complications (effet indirect)
de l'intoxication (hypotension). La réversibilité
potentielle de cette souffrance hépatique devrait
permettre de ne pas exclure a priori ces greffons. Il
existe enfin le problème théorique de la transmission
potentielle au receveur d'un toxique accumulé dans le
foie du donneur. Il est concevable que le foie soit un
réservoir pour un certain nombre de médicaments ou de
substances illicites. Le caractère chronique ou aigu de
la prise doit être un des éléments d'orientation (p.ex.
décès par surdosage d'une dose unique de méthadone ou
décès chez un utilisateur chronique). L'évaluation de
l'acceptabilité ou non d'un greffon hépatique, une fois
ces données analysées, repose essentiellement sur le
résultat des explorations biologiques de routine
(enzymes, coagulation) qui seront utilement répétées
afin de corréler les données cinétiques (disparition du
toxique du sang) et les données dynamiques (absence
d'atteinte hépatique biologiquement démontrable ou
récupération d'anomalies initiales). Idéalement, il faut
que les anomalies métaboliques (hypernatrémie, acidose
métabolique) aient été corrigées chez le donneur. Enfin,
il faut garder à l'esprit que l'absence de détection du
toxique dans le sang n'exclut pas dans certains cas la
possibilité d'une accumulation dans le parenchyme
hépatique. Les analyses biologiques (y compris des
analyses sérologiques extensives chez les patients
toxicomanes) seront couplées à une analyse morphologique
(aspect macroscopique du foie lors du prélèvement,
analyse histologique extemporanée). Conclusions :
Moyennant certaines précautions liées au toxique ou à
ses conséquences indirectes, un prélèvement hépatique
peut être réalisé sans risque majeur dans des situations
bien sélectionnées de décès par intoxication.
L'information aux établissements et équipes impliqués
dans la transplantation devrait venir de toxicologues
cliniciens. |