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Evaluation de l'exposition aux
phytosanitaires chez les agriculteurs : projet Pestimat
E. Boutet1, C. Tulissi1,
M. Barrau2, P. Lebailly3, E. Niez3,
C Lavin-Cardo3, P. Fabbro-Perray4,
E. Parent4, M. Druet Cabanac5, N.
Rabier5, J.M. Soulat1, I. Baldi2
1 Laboratoire de
Médecine du Travail, CHU Toulouse, INSERM U558, 31059
Toulouse
2 Laboratoire Santé Travail Environnement,
EA3672, ISPED, Université Victor Segalen Bordeaux 2,
33076 Bordeaux
3 GRECAN, EA1772, Centre François Baclesse
14076 Caen
4 DIm, CHU de Nîmes 30029 Nîmes
5 Registre des Cancers du Limousin, 87042
Limoges
De nombreuses études
épidémiologiques, principalement menées en Amérique du
Nord ou en Europe du Nord, ont retrouvé un lien entre
l'activité professionnelle agricole et l'apparition de
pathologies chroniques, notamment dans le domaine des
cancers, des pathologies neurologiques et des troubles
de la reproduction et du développement.
L'implication des pesticides
dans ces pathologies est largement suspectée. Toutefois,
au cours de ces études, il apparaît de grandes
incertitudes quant à la détermination de l'exposition
aux pesticides. Ces incertitudes sont dues à différentes
difficultés méthodologiques notamment dans la
reconstitution rétrospective des expositions des
individus aux pesticides. La complexité de cette
démarche s'explique par un ensemble de caractéristiques
des pesticides, tout d'abord leur grande diversité (plus
de 900 matières actives homologuées en France,
commercialisées dans plus de 9000 produits différents),
la variabilité de leur toxicité potentielle,
l'hétérogénéité des activités et pratiques agricoles,
mais aussi la multiplicité des associations de matières
actives, d'adjuvants, d'impuretés de fabrication..Par
ailleurs, un agriculteur en polyculture peut utiliser
dans une même année plusieurs dizaines de produits
commerciaux différents, représentant deux à trois fois
plus de matières actives différentes. Le nombre de
matières actives ne fait que croître si l'on considère
l'ensemble de la vie professionnelle. La reconstitution
de l'utilisation des pesticides au travers de la seule
déclaration ne saurait donc être exhaustive et présente
des biais, en particulier de mémorisation.
C'est pourquoi l'objectif de ce
travail est de développer une matrice historique
activité agricole/exposition permettant de déterminer la
probabilité, l'intensité et la fréquence d'utilisation
des pesticides dans le contexte agricole français pour
l'ensemble des cultures depuis les années 50.
La première étape consiste à
recueillir de l'information auprès de cinq sources :
avertissements agricoles de la Protection des Végétaux,
calendriers de traitement des agriculteurs, informations
de l'Association de Coordination Technique Agricole sur
les produits mis sur le marché, les informations du
Ministère de l'Agriculture sur l'homologation et le
retrait des produits par culture, les données de
l'industrie (panel de l'Union des Industries de
Protection de Plantes).
Une deuxième étape concerne la
compilation et la comparaison de ces sources de manière
à déterminer la probabilité, fréquence et intensité
d'utilisation pour chaque matière active. Enfin des
experts, issus de chaque contexte agricole, valideront
ces informations et les complèteront.
Au final, il sera possible, à
partir de l'historique professionnel et de l'histoire
des cultures des individus inclus dans les études
épidémiologiques, de construire des index cumulés
d'exposition aux pesticides. Cette matrice pourra être
utilisée dans les études épidémiologiques sur les effets
à long terme des pesticides. |